Ce que disait l'article visé
slug: giec-offre-graphiste-sans-salaire thèse: L’article de Samira Chappuis établit que l’offre du GIEC publiée le 11 septembre 2026 décrit un vrai poste de production, mais ne donne ni salaire ni fourchette; il ne prétend pas que le travail sera gratuit.
Opinion
Ce texte est un contre-point d’opinion. Les faits vérifiables sont sourcés; le jugement sur l’exemplarité du GIEC est le mien.
Ce qu'il faut retenir
- Le 11 septembre 2026, le GIEC a publié un contrat à durée déterminée en design graphique sans salaire ni fourchette affichés.
- Le 10 septembre 2026, le gouvernement français a présenté un projet de loi prévoyant une fourchette de rémunération dans les offres d’emploi.
- La directive européenne du 10 mai 2023 garantit au minimum l’information salariale avant l’entrevue; elle n’oblige pas nécessairement à la mettre dans l’annonce.
- L’étude de l’Apec publiée le 18 novembre 2025 indiquait que 46 % des 600 entreprises françaises sondées affichaient systématiquement le salaire.
Le prix fait partie du travail
Au garage, tu peux pas dire au client que tu vas changer deux roulements, commander une pièce qui arrivera dans huit jours et immobiliser son camion, puis garder le prix secret jusqu’à ce qu’il ait pris congé pour venir te voir. Ça a pas d’allure. Une offre d’emploi, c’est la même affaire : le salaire n’est pas un petit détail administratif qu’on ajoute à la fin. C’est une condition centrale de l’échange.
L’article auquel je réponds a raison d’être prudent. L’annonce du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publiée le 11 septembre 2026, ne dit pas que le poste est bénévole. Elle dit qu’il s’agit d’un contrat à durée déterminée de l’Université Paris-Saclay, possiblement jusqu’en juin 2028. Elle exige un baccalauréat en design, l’anglais, des logiciels spécialisés, un portfolio, deux références et une disponibilité pour voyager. Puis, rendu au salaire : rien.
On s’entend-tu que la personne candidate doit pourtant calculer quelque chose? Un déménagement possible vers Gif-sur-Yvette, du transport, du logement et près de deux ans de contrat. Exiger son portfolio avant de donner un ordre de grandeur, c’est transférer à la personne candidate le coût du flou.
La loi trace un plancher, pas une permission d’attendre
Il faut pas faire dire au droit ce qu’il ne dit pas. La directive européenne adoptée le 10 mai 2023 prévoit que les candidates et candidats reçoivent la rémunération initiale ou sa fourchette avant l’entrevue. L’information peut être fournie dans l’avis de vacance ou autrement avant l’entrevue. La directive, à elle seule, ne transforme donc pas toute annonce sans montant en infraction.
La France était d’ailleurs encore en train de transposer cette directive quand le poste du GIEC est sorti. Selon le résumé officiel publié par Vie publique le 10 septembre 2026, le projet de loi exigerait, dans les offres du secteur privé, la fourchette proposée et les dispositions conventionnelles applicables. Pour les emplois publics, les avis de création ou de vacance devraient aussi informer sur la rémunération ou sa fourchette. La même page indique que le projet venait d’être déposé au Parlement et que sa promulgation restait une étape à venir. Un projet présenté n’est pas une loi en vigueur.
Voilà la nuance juridique. Maintenant, le gros bon sens : le GIEC a publié son offre le lendemain même où le gouvernement français annonçait vouloir mettre fin à cette pratique. Attendre qu’une règle soit votée, promulguée et applicable pour donner un chiffre qu’on connaît nécessairement avant d’embaucher, c’est viser le minimum. Une institution scientifique qui demande aux gouvernements de regarder les données en face peut faire mieux que le minimum.
La transparence se pratique aussi à l’embauche
Le GIEC n’est pas une petite entreprise qui improvise une première embauche entre deux livraisons. L’annonce précise l’équipe, la supervision, les compétences, les déplacements et le calendrier. Autrement dit, le poste a été assez défini pour dresser une longue liste d’exigences. Il devrait être assez défini pour inscrire une fourchette en euros, par année, en précisant si elle est brute. Pour comprendre pourquoi ces mots comptent, notre explication du salaire brut et du salaire net rappelle déjà qu’un montant affiché n’est pas forcément ce qui arrive dans le compte.
Les chiffres contredisent aussi l’idée que le silence serait une fatalité française. L’étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), publiée le 18 novembre 2025, repose notamment sur une enquête auprès de 600 entreprises françaises ayant recruté au moins un cadre dans les 24 mois précédents. Parmi elles, 46 % disaient publier systématiquement le salaire. C’est moins de la moitié, oui. Mais c’est assez pour montrer que l’affichage est possible.
La transparence salariale ne garantit ni une bonne paie ni l’égalité. Une fourchette de 25 000 à 90 000 € par année serait techniquement visible et pratiquement inutile. Il faut un plancher crédible, un plafond crédible et des critères simples pour situer la personne dans l’intervalle. Sinon, on remplace un rideau opaque par une moustiquaire.
Le GIEC peut corriger l’offre maintenant
La solution tient en une ligne : rémunération brute annuelle en euros, fourchette raisonnable, convention ou grille applicable, puis critères qui déterminent le niveau offert. Pas besoin d’attendre le prochain rapport sur le climat. Pas besoin d’un comité de quinze personnes. Corriger la date de fin contradictoire — mai ou juin 2028 — aiderait aussi les candidatures.
Je ne prétends pas connaître le budget disponible ni le statut exact qui sera inscrit au contrat. Je dis justement que l’employeur, lui, doit les connaître assez pour ouvrir le poste. S’il reste une approbation budgétaire, qu’il l’écrive. Si une grille publique fixe le montant, qu’il donne le corps, le grade ou l’échelon. Si la paie est basse, qu’il l’assume. Y a pas un chat qui peut décider sérieusement de déménager, de voyager et de livrer des figures scientifiques sous échéance avec le seul mot « possiblement » comme calculatrice.
Ce qu'on ne sait pas encore
- Au 14 septembre 2026, l’offre publique ne précise toujours ni salaire, ni fourchette, ni grille de rémunération.
- Le projet français présenté le 10 septembre 2026 n’est pas encore une loi promulguée; sa forme finale peut changer.
- Les documents consultés ne permettent pas d’établir quel statut d’emploi précis ni quelle future disposition française s’appliqueront à ce contrat.
L’article initial a fait le travail factuel : il a montré le trou sans inventer ce qu’il y avait dedans. Mon point est plus simple. Quand ton institution vit de la confiance publique et de la clarté scientifique, tu ne devrais pas demander à une personne candidate de travailler à l’aveugle sur sa propre paie. Le GIEC peut ajouter la fourchette aujourd’hui. Il devrait le faire.