Ce qu'il faut retenir

  • Le 27 mai 2005, cinq expériences ont montré que l’effet du chiffre de gauche apparaît surtout quand celui-ci change, comme entre 4,99 $ et 5,00 $.
  • Le 1er mars 2003, trois essais en conditions réelles ont associé les prix finissant par 9 à une demande accrue, mais pas de façon identique dans tous les contextes.
  • Depuis le 4 février 2013 au Canada, seul le total payé comptant est arrondi; un prix affiché à ,99 reste donc parfaitement possible.

Notre cerveau donne une longueur d’avance au premier chiffre

Regardez 4,99 $ puis 5,00 $. Il n’y a qu’un cent de différence, mais le premier prix commence par 4 et l’autre par 5. Cette frontière compte. Les chercheurs l’appellent « effet du chiffre de gauche » : au moment de comparer rapidement des nombres, le premier chiffre peut peser davantage que les suivants.

Dans cinq expériences publiées le 27 mai 2005 dans le Journal of Consumer Research, Manoj Thomas et Vicki Morwitz ont constaté que les prix finissant par 9 paraissaient plus petits que le prix supérieur d’un cent surtout lorsque le chiffre de gauche changeait, par exemple entre 2,99 $ et 3,00 $. L’effet devenait aussi plus probable lorsque les deux prix comparés étaient proches. D’accord, mais en vrai, ça veut dire quoi? Pas que l’acheteur croit littéralement payer 4 $. Plutôt que, dans une lecture rapide, le 4 plante son drapeau avant que les deux 9 aient fini leur travail.

Ce résultat explique pourquoi ,99 est bien placé juste sous un nombre rond. Une terminaison comme ,49 peut aussi attirer l’œil, mais elle ne fait pas franchir la même frontière mentale. Comme beaucoup de mécanismes de vie quotidienne, celui-ci est mesurable sans être irrésistible.

Le ,99 signale aussi une bonne affaire

Le premier chiffre n’est qu’une partie de l’histoire. Une terminaison en 9 peut aussi servir de signal appris : « prix bas », « rabais » ou « offre calculée serrée ». Dans leur analyse de données de lecteurs optiques sur le thon et le yogourt, publiée le 1er juin 1997, Mark Stiving et Russell Winer ont trouvé des indices à la fois d’un effet de niveau — le prix semble plus bas — et d’un effet d’image — sa terminaison communique quelque chose sur l’offre.

Surtout, il existe des résultats hors laboratoire. Dans trois expériences de vente par catalogue publiées le 1er mars 2003, Eric Anderson et Duncan Simester ont modifié les terminaisons de prix. La demande a augmenté avec les prix finissant par 9 dans les trois essais. L’effet était plus marqué pour les nouveaux articles et paraissait plus faible lorsqu’un indice « solde » était déjà présent. Une expérience contrôlée de Robert Schindler et Thomas Kibarian, publiée en 1996 auprès de la clientèle d’un catalogue de vêtements pour femmes, avait également observé davantage d’achats à 29,99 $ qu’à 30,00 $.

Pour le commerçant, la logique est pratique : rester du côté avantageux du chiffre rond tout en fixant le prix aussi près que possible de cette frontière. Voilà pourquoi cette petite ficelle demeure dans le décor de la consommation. Elle a parfois fonctionné sur les ventes réelles; elle n’est toutefois pas un bouton magique marqué « profits ».

L’effet existe, mais il n’est ni universel ni toujours avantageux

« Presque toujours » décrit bien l’impression laissée par une rangée d’étiquettes, pas une loi statistique mondiale. Les études citées ne fournissent pas de recensement actuel de tous les prix d’épicerie au Québec. Elles ne permettent donc pas d’affirmer que ,99 domine chaque rayon, chaque enseigne ou chaque pays.

Les limites sont concrètes. Les essais d’Anderson et Simester portaient sur la vente par catalogue, pas sur un panier d’épicerie complet. Les données de Stiving et Winer concernaient deux produits courants et montraient une association, sans assignation aléatoire des prix. Enfin, deux expériences de Chien-Huang Lin et Jyh-Wen Wang, mises en ligne le 1er septembre 2015 avec des données taïwanaises, ont conclu que l’effet du chiffre de gauche faiblissait pour les prix plus élevés et les nombres à quatre chiffres. Le contexte, la catégorie et les autres signaux de rabais comptent donc beaucoup.

Et le sou noir? La fiche de l’Agence du revenu du Canada publiée en décembre 2012 précise que le cent demeure l’unité minimale pour établir les prix, même si la Monnaie royale canadienne a cessé de distribuer les pièces de un cent le 4 février 2013. Seul le total final payé comptant est arrondi au multiple de cinq cents le plus proche; les paiements électroniques restent exacts. Le ,99 n’a donc pas besoin d’une pièce de un cent pour survivre.

L’origine historique souvent racontée — obliger le caissier à ouvrir le tiroir et à rendre la monnaie — reste moins solide. Stiving et Winer la présentent en 1997 comme une croyance courante, pas comme une origine démontrée. La conclusion honnête est plus sobre : l’effet psychologique est réel dans plusieurs expériences, son ampleur varie, et l’histoire du tiroir-caisse n’est pas réglée.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • Il n’existe pas, dans les sources examinées, de pourcentage universel mesurant l’effet du ,99 sur les ventes d’épicerie au Québec.
  • La part exacte attribuable au premier chiffre, au signal de rabais ou à l’habitude varie selon le produit et la présentation.
  • L’origine historique unique des prix en ,99 n’est pas établie par les études expérimentales citées.